L’APF : Histoire, Formation

L’ Association psychanalytique de France (A.P.F.), fondée le 9 juin 1964, stipule dans l’article 3 de ses statuts qu’elle « a pour objet d’apporter sa contribution à la découverte freudienne et à la recherche en psychanalyse, et de former des psychanalystes selon les normes qui lui sont spécifiques. Elle est une société composante de l’Association Psychanalytique Internationale (API) », au sein de laquelle, en 1965, lors de son Congrès d’Amsterdam, elle fut admise.

La fondation de l’APF remonte donc à la période où les conflits qui, en 1963, paralysaient depuis de longs mois le fonctionnement de l’éphémère Société Française de Psychanalyse (SFP) finirent par entraînerl’éclatement de la SFP en deux groupes qui s’opposèrent sur la doctrine et sur la formation psychanalytiques. L’APF rassembla autour de Daniel Lagache, son premier président, tous ceux, analystes et élèves de la SFP, qui étaient en désaccord avec Lacan sur ses orientations et ses méthodes et qui souhaitaient que la société à laquelle ils appartenaient réintègre l’Association Psychanalytique Internationale (API). Lacan, de son côté, suivi par ses plus proches élèves, fondait alors sa propre École Française de Psychanalyse, rapidement transformée en École Freudienne de Paris (EFP).

La SFP était elle-même issue d’une première scission de la communauté psychanalytique, qui avait affecté la Société Psychanalytique de Paris (SPP) onze ans auparavant, en 1953. Au début des années 1950, le mouvement psychanalytique français, représenté exclusivement par la SPP, sortait à peine de la période de clandestinité et de silence à laquelle la guerre et l’occupation nazie l’avaient contraint. La paix revenue, tout ou presque était à reconstruire. L’aide généreuse de Marie Bonaparte et d’analystes autrichiens ou allemands émigrés aux États-Unis se révéla très précieuse pour la création à Paris d’un Institut chargé de la formation et de l’enseignement de la psychanalyse. Cet Institut s’installa dans les locaux qui demeurent pour quelque temps encore ceux de la SPP. C’est le fonctionnement institutionnel de cet Institut de Formation qui fut à l’origine de conflits de pouvoir, de personnes et de conceptions de la formation ; ces conflits aboutirent à la scission de 1953.

Le conflit se personnalisa autour de Sacha Nacht et de Jacques Lacan, quand les propositions de Sacha Nacht déclenchèrent une fronde parmi les analystes en formation, alors soutenus par certains membres titulaires (dont Jacques Lacan, qui avait été élu, à ce moment-là, Président de la Société). La crise éclata en juin 1953, après la mise en minorité de Lacan qui obligea celui-ci à se démettre de ses fonctions. Juliette Favez-Boutonnier, Françoise Dolto-Marette et Daniel Lagache, opposés aux initiatives de Sacha Nacht, remirent leur démission de la SPP et annoncèrent la création d’un nouveau Groupe d’études et de recherches freudiennes, la Société française de psychanalyse (SFP), où ils organisèrent aussitôt leur enseignement. Ils furent rejoints par Lacan et par la moitié des analystes en formation à la SPP, parmi lesquels figuraient un bon nombre d’analysés de Lacan. De ces jeunes analystes, qui se mirent alors à travailler en séminaires cliniques, la plupart prendra en main, dix ans plus tard, les destinées de l’APF.

La SFP, qui voulut s’inscrire dans la fidélité à l’héritage freudien, se montra aussi, sur le plan scientifique, ouverte à une grande pluralité de courants de pensée : l’enthousiasme qu’elle suscita est demeuré présent dans la nostalgie et la fierté qui habitent encore ceux qui participèrent à son aventure. D’autant que trois figures remarquables d’analystes contribuèrent puissamment au développement de la nouvelle société : Wladimir Granoff, Serge Leclaire et François Perrier, dont l’histoire a retenu les liens étroits qui les unissaient en les rassemblant dans « la troïka ». La nouvelle société créa sa propre revue, La Psychanalyse, où furent publiés des travaux qui continuent aujourd’hui d’être lus avec un vif intérêt.

Mais la SFP allait bientôt se heurter à un double écueil qui provoquerait sa dissolution en 1964, onze ans après sa fondation : d’une part, elle souhaitait sa reconnaissance par l’API, mais d’autre part cette reconnaissance était compromise par la position institutionnelle et la pratique analytique (les séances à durée variable) de Lacan.

Les fondateurs de la SFP n’avaient pas prévu, en effet, qu’en démissionnant de la SPP ils quitteraient du même coup la communauté scientifique internationale représentée dans l’API. Les démarches répétées faites auprès de celle-ci (Wladimir Granoff joua ici un rôle déterminant grâce aux contacts qu’il avait déjà noués au niveau international) pour obtenir le statut de société composante butèrent alors sur ce que les instances exécutives de l’API signalèrent comme « insuffisance de la formation et des capacités d’enseignement du groupe » en observant la place prépondérante qu’avait prise Lacan dans la formation à la SFP.

En 1961, au Congrès d’Édimbourg les instances exécutives de l’API, soucieuses d’accueillir le nouveau groupe français dans la communauté internationale, reconnurent la SFP comme « groupe d’étude » tout en lui proposant d’être accompagnée par un « Comité ad hoc » chargé d’évaluer sa capacité d’accepter et de suivre les directives précises concernant le déroulement de la formation. Lacan fut convié à observer ces directives, faute de quoi il devrait se démettre de ses fonctions d’analyste didacticien. Si la majorité de la SFP jugea violente et peu acceptable cette pression de l’API sur l’un de ses membres les plus éminents, elle décida néanmoins de temporiser en espérant que Lacan saurait faire preuve de souplesse. Mais celui-ci se montra intraitable, ce qui aggrava la situation et rendit irréversibles les divisions à l’intérieur de la SFP. En 1963, lors de son congrès de Stockholm, l’API renouvela ses recommandations antérieures et insista pour que Lacan ne figure plus sur la liste des membres titulaires habilités à l’analyse didactique et aux contrôles. De son côté, Wladimir Granoff contribua activement à permettre à un groupe d’élèves et d’analysés de Lacan de se désolidariser de ce dernier et de faire connaître les critiques qu’ils adressaient à sa pratique.

En octobre de la même année et sur la proposition de Daniel Lagache, Georges Favez, Juliette Favez-Boutonnier et Wladimir Granoff, la SFP entérina la radiation de Lacan de la liste des analystes habilités à l’analyse didactique par une « motion d’ordre » suivie d’un vote en Assemblée générale. Dans les mois qui suivirent, Lacan se retira de la SFP pour annoncer la création, avec les élèves qui lui étaient fidèles, de l’École Freudienne de Paris. Les analystes qui avaient souhaité l’intégration dans l’API en acceptant les exigences de celle-ci jetaient, de leur côté, les bases de l’APF telle qu’elle existe actuellement.

Dans la nouvelle association se retrouvèrent, outre les personnalités évoquées plus haut, Didier Anzieu, Jean Laplanche, Jean-Claude Lavie, J.-B. Pontalis, Victor Smirnoff, Daniel Widlöcher. Guy Rosolato vint les rejoindre en 1967, après avoir démissionné de l’École Freudienne de Paris. Un peu plus tard, en 1969, un certain nombre des compagnons de route de Lacan, parmi lesquels Piera Aulagnier, François Perrier, Jean-Paul Valabrega et Nathalie Zaltzman se séparèrent de lui pour constituer, dans une nouvelle scission, leQuatrième Groupe, Organisation psychanalytique de langue française (OPLF).

Ainsi, ce qui fut présent et fort dans le geste fondateur de l’APF a continué longtemps, et jusqu’à aujourd’hui, de produire ses effets : ceux d’une décision fondée sur l’éthique et le désir. Car ce geste de fondation et de rupture fut un geste de liberté exigeante vis-à-vis de celui qui avait été, pour nombre des fondateurs de l’association, leur propre analyste. Aussi l’APF eut-elle dès ses débuts pour principe, en assurant son indépendance et son originalité, de faire place en elle à la diversité des points de vue dans un esprit de tolérance critique et dans le maintien d’une vigilante extra-territorialité face aux pouvoirs de toutes sortes. Ceci détermina en particulier sa conception de la formation, ouverte à l’accueil de candidats venant d’horizons psychanalytiques différents.

Si l’APF s’est efforcée de refuser toute inféodation à un maître à penser ou à un groupe de pression, cela ne signifie pas, bien sûr, que son histoire a été indemne d’affrontements entre plusieurs courants ou orientations, d’autant que les divergences furent incarnées par des analystes porteurs de fortes convictions et auteurs de travaux remarquables. L’association sut néanmoins tolérer ces affrontements quand ils mirent en péril ou menacèrent de paralysie la vie de l’Institut de formation.

L’influence persistante de Lacan, quant à elle, se manifesta non seulement par l’effet durable de ce « retour à Freud » qu’il avait originellement soutenu avec force – un retour que prolongèrent, par des voies différentes, autant les « Problématiques » de Jean Laplanche que « Filiations » de Wladimir Granoff —, mais aussi par l’enseignement de ceux qui, tels Robert Pujol ou Jean-Claude Lavie, firent vivre la pensée lacanienne dans leur propre conception du langage et de la cure. Le privilège donné à l’action de la parole dans la situation analytique s’est aussi vu approfondi dans la reprise critique des propositions lacaniennes sur le « signifiant », avec notamment les travaux de Jean Laplanche sur « les signifiants énigmatiques » dans sa « théorie de la séduction », de Didier Anzieu sur « les signifiants formels » dans sa conception du « Moi-peau » et des enveloppes psychiques, de Guy Rosolato sur « les signifiants de démarcation », de Daniel Widlöcher sur « la présentation d’action ». Mais après Lacan, c’est sans doute D.W.W Winnicott qui, introduit notamment par les traductions dirigées chez Gallimard par J.-B Pontalis, eut une influence importante sur les travaux des analystes de l’Association.

Les exigences et les idéaux qui présidèrent en 1964 à la fondation de l’APF gardent aujourd’hui leur vigueur pour assurer la liberté d’expression attendue du discours scientifique et pour maintenir l’intérêt qui doit ouvrir — si la psychanalyse comme « travail de culture » ne se réduit pas à être une pratique psychothérapique parmi d’autres —, à l’exploration du champ de ces « sciences humaines » que sont la linguistique et l’anthropologie ou, autrement, la littérature.

Exigences et idéaux demeurent actifs en tout cas chez les générations d’analystes qui ont désormais pris le relais des fondateurs, et ils soutiennent l’ardente volonté de faire vivre l’héritage freudien non en le commémorant seulement, mais en le « remettant sur le métier » grâce à l’apport de l’expérience clinique et théorique acquise par l’approfondissement de la pratique psychanalytique dans les cures de patients névrosés, mais aussi dans celles des patients moins susceptibles, en apparence, de bénéficier d’une approche analytique. Ainsi la tâche reste-t-elle infinie de penser les formes agissantes du transfert, la nature des représentations inconscientes et des résistances, l’enfouissement et les résurgences de la sexualité infantile : tâche pratique et théorique, tâche transmissible aussi d’exploration de cette terre étrangère interne qu’est l’inconscient.

 

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L’APF, société de membres comme l’est toute société composante de l’API, admet en son sein deux catégories : les membres sociétaires (48 en 2015), et les membres titulaires (34 en 2015). Tous les membres sont full-members de l’API et sont convoqués une fois par an en Assemblée générale pour entendre et voter les différents rapports d’activité présentés par le Conseil d’administration qui est en cours ou en fin de mandat.

Le Conseil d’administration, élu pour deux ans, compte un Président, deux Vice-Présidents, un Secrétaire scientifique, un Secrétaire général et un Trésorier. Il conduit les affaires courantes de l’APF et propose des orientations soumises au vote des Assemblées générales annuelles. Il est aidé dans sa tâche par des comités spécifiques (comité scientifique, comité de l’enseignement, comité des publications) constitués à chaque renouvellement de Conseil et désignés par lui.

Les membres titulaires, qui sont aussi de droit membres formateurs (habilités donc à conduire des supervisions) se réunissent en Collège quatre fois par an pour élire les nouveaux membres, homologuer les cursus des analystes en formation et être saisis par le Conseil de tout problème d’importance touchant à la vie de l’association.

L’APF compte en 2015, 5 membres d’honneur et 21 membres honoraires.

Par ailleurs, l’APF comporte un Institut de formation chargé plus spécifiquement de la formation des psychanalystes. Cet Institut, dirigé par le Président de l’APF, est constitué par tous les membres titulaires, parmi lesquels sont désignés, à tour de rôle, les 9 membres du Comité de formation chargé de se prononcer sur les candidatures à l’Institut de formation, et sur la validation des supervisions entreprises par les analystes en formation. A l’Institut de formation appartient le Comité de l’enseignement qui s’occupe plus directement de l’organisation de l’enseignement dans la formation. Enfin, l’APF dispose d’un Comité des publications.

Les analystes en formation de l’APF sont, en 2015, au nombre de 192. Ce nombre important, au regard de celui des membres, tient à la longueur et à la spécificité du cursus de formation de l’APF.

 

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Depuis la naissance de l’APF et tout au long de son histoire, le questionnement sur laformation des psychanalystes n’a pas cessé d’animer des débats entre ses membres et d’ouvrir de nouveaux chemins qui, au travers de réformes importantes, ont abouti au cursus de formation tel qu’il est aujourd’hui.

Ce fut d’abord la réforme présentée en 1971 et votée en 1972, réforme initiée par Jean Laplanche et J.-B Pontalis qui supprima l’analyse dite « didactique », une analyse sous contrôle institutionnel, nécessairement entreprise avec un analyste titulaire de l’association. Jusqu’à la réforme, cette analyse didactique était requise chez un candidat désirant commencer sa formation analytique à l’Institut de formation de l’APF. Avec l’abandon de l’analyse didactique, que l’APF fut alors la seule société de psychanalyse à instaurer dans le cursus de formation du psychanalyste, c’est « l’analyse personnelle » du candidat qui s’est trouvée résolument privilégiée. Ainsi furent et sont toujours tenues à l’écart les « représentations-but » (notamment celles visant l’acquisition d’une formation dès avant l’engagement de l’analyse personnelle) qui viendraient compromettre la nécessaire « extra-territorialité » de toute démarche analytique personnelle.

Depuis cette réforme, un candidat à l’Institut de formation sollicite son admission en venant parler, quelque soit son « divan d’origine », de l’expérience tirée de sa cure analytique et des effets reçus de celle-ci (qui peut être en cours au moment de la demande) : il rencontre successivement, dans cette démarche de candidature, trois analystes du Comité de formation. Ces entretiens de candidature sont ensuite soumis à la discussion – pour refus ou admission – des membres du Comité de formation qui écoutent les rapporteurs devant lesquels le candidat s’est présenté.

S’il n’y a plus d’« analystes-didacticiens » à l’APF, il y a toujours en revanche des analystes formateurs : ce sont les membres titulaires, élus par leurs pairs et habilités à pratiquer des supervisions. Ils figurent sur la liste des analystes en exercice à l’Institut de formation, parmi lesquels sont désignés à tour de rôle les neuf membres du Comité de formation.

 

Une autre réforme, importante en ce qu’elle a organisé les modalités de validation des étapes du cursus de l’analyste en formation, est venue témoigner de l’insistance du questionnement qui, à l’APF, concerne la formation d’un analyste : elle a établi qu’à chaque étape de son cursus, notamment lors des validations des deux supervisions successives exigées, l’analyste en formation parle et soit entendu en personne par la commission réunie à cet effet, l’analyste superviseur étant lui entendu par la même commission dans un second temps.

La validation des cures contrôlées est prononcée par les membres du Comité de formation et l’homologation du cursus, elle, est du ressort du Collège des titulaires. L’homologation du cursus une fois acquise, l’analyste en fin de formation devra, s’il demande à devenirmembre sociétaire de l’APF, écrire un mémoire qu’il adressera à tous les membres titulaires. Sa candidature sera soumise, après une rencontre avec trois analystes titulaires, au vote du Collège des titulaires. La dernière étape, celle de l’élection commemembre titulaire de l’APF, est de la même façon soumise au vote du Collège des titulaires après que celui-ci aura entendu les trois analystes rencontrés par le candidat à l’élection.

Il faut souligner que le souhait d’entendre en personne propre, et non par délégation, la parole singulière de l’analyste en formation va de pair avec le statut que l’APF donne à celui-ci dans la vie de l’association. Admis en effet d’emblée à l’ensemble des activités d’enseignement et des activités scientifiques, les analystes en formation peuvent participer à tous les niveaux de la vie institutionnelle et ils concourent, sauf pour la tâche spécifique impartie au Comité de formation, au travail des Comités scientifique et d’enseignement.

 

L’enseignement dans le cadre de l’APF n’est ni magistral, ni doctrinal, ni conçu par étapes : il consiste en activités de séminaires ou de groupes de travail de taille réduite, organisées autour d’un thème qui convoque des apports théoriques et cliniques. Cet enseignement n’est pas obligatoire et il n’est pas soumis à un contrôle institutionnel : la participation qu’y aura prise l’analyste en formation (qui dans certains cas aura pu lui-même prendre l’initiative d’un groupe de travail) sera évoquée au moment où, après la validation de ses deux contrôles, il demandera l’homologation de son cursus de formation.

Les formes que prend l’enseignement à l’APF ont aussi été l’objet, au fil des années, d’échanges et d’approfondissement. Ainsi est-il progressivement apparu que ces formes ne répondaient pas suffisamment aux souhaits d’échanges cliniques et théoriques des membres, une fois leur cursus achevé. C’est pourquoi ont été créés depuis 2006 et sous l’impulsion de Daniel Widlöcher qui, à l’intérieur de l’APF comme hors de ses frontières, a toujours soutenu la nécessité pour la psychanalyse d’être « en dialogue », des Ateliers de recherche clinique et conceptuelle : ceux-ci,différemment des séminaires ou groupes de travail de l’enseignement, réunissent dans le cadre de l’association des analystes appartenant à différentes sociétés, auxquels peuvent se joindre divers chercheurs de sciences humaines intéressés par le thème de l’atelier. Les échanges cliniques et théoriques suscités par le travail de l’atelier peuvent faire l’objet d’une présentation dans l’une des journées scientifiques de l’association.

 

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Les activités scientifiques de l’APF, organisées conjointement par le Comité scientifique et par le Conseil de l’APF, sont depuis les débuts de l’association un pivot essentiel de son identité et de sa vie institutionnelle : elles réunissent à cet effet membres et analystes en formation. Elles offrent la possibilité d’exposer, et de mettre en débat devant des collègues, l’investissement de la recherche analytique ; elles s’attachent par là-même à promouvoir la vitalité créative que chacun, à la place qui est la sienne, essaie d’apporter à l’association. C’est pourquoi un analyste en formation peut être invité, selon ses travaux et son parcours, à donner une conférence devant l’ensemble des analystes de l’APF.

Ces activités scientifiques associent des débats mensuels à de plus larges réunions de week-ends « Les Entretiens de psychanalyse », qui se tiennent chaque semestre. Tous les deux ans, des « Entretiens de psychanalyse de l’APF » sont ouverts à un large public qui est également convié aux journées ouvertes proposées tous les ans depuis 2012. Les conférences et discussions sont ensuite publiées, au côté de contributions d’autres auteurs, dans l’Annuel de l’APF, édité une fois l’an par les PUF.

L’ensemble des activités scientifiques dites ouvertes est consultable sur le site-web de l’APF.

Dès ses débuts, l’APF noua par certains de ses membres éminents (Didier Anzieu, Jean Laplanche, Pierre Fedida, Daniel Widlöcher ; d’autres aujourd’hui) des liens étroits avec l’Université. Par ailleurs se développa à ses côtés une intense activité éditoriale dans laquelle l’activité de traduction de l’œuvre freudienne prit une large part.

De nombreuses revues de psychanalyse ont été créées et dirigées par des analystes de l’association, dans une indépendance affirmée, cependant, vis-à-vis d’une appartenance à l’APF (ce dont a témoigné la composition délibérément plurielle des comités de rédaction de ces revues). Ainsi ont existé ou existent encore : la Nouvelle Revue de psychanalyse (1970-1994), dirigée par Jean-Bertrand Pontalis, Psychanalyse à l’université (1975-1994), dirigée par Jean Laplanche, L’Écrit du temps (1982-1988) puis L’Inactuel (1998-2005), dirigés par Marie Moscovici, la Revue Internationale de psychopathologie (1990-1996), dirigée par Pierre Fédida et Daniel Widlöcher, Le fait de l’analyse (1996-2001) puis penser/rêver (depuis 2002), dirigés par Michel Gribinski, Libres cahiers pour la psychanalyse (depuis 2000), dirigés par Catherine Chabert et Jean-Claude Rolland.

Depuis 2007, et alors que l’APF n’avait pas jusqu’ici de revue attachée organiquement à l’association, une nouvelle publication, l’Annuel de l’APF, offre dans un même volume des textes réunis sur un thème commun ; certains d’entre eux reprennent des conférences tenues dans le cadre des activités scientifiques de l’association.

Mais l’histoire de l’APF est aussi tissée par la longue suite des ouvrages publiés par des auteurs de l’association, ouvrages devenus des références pour les psychanalystes d’aujourd’hui, en France et à l’étranger. Plus de 400 ouvrages sont présentés dans la rubrique Librairie du site. Citons simplement le Vocabulaire de la psychanalyse (Puf) de Jean Laplanche et Jean-Bertrand Pontalis, l’entreprise plurielle et presque achevée de traduction de l’œuvre freudienne que sont, aux Presses Universitaires de France, les Œuvres complètes de Freud sous la direction de Jean Laplanche, et, chez Gallimard, la série des Traductions nouvelles dirigée par J.-B. Pontalis. Aujourd’hui encore, un certain nombre de collections de psychanalyse sont dirigées par des analystes de l’APF ; notamment la Petite bibliothèque de psychanalyse, aux PUF, sous la direction de Jacques André, et Connaissance de l’inconscient, chez Gallimard, sous la direction de Michel Gribinski.

 

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L’APF n’est pas une société psychanalytique de grande taille ! Elle souhaite d’ailleurs ne pas s’agrandir à l’excès pour maintenir ce qu’elle considère comme les conditions nécessaires des échanges de parole entre psychanalystes au sein de leur « maison », en cherchant ainsi à assurer au mieux la tâche de transmettre la découverte et l’expérience psychanalytiques.

Pour autant, et avec ses moyens, l’APF n’entend pas rester dans un isolement qui la refermerait sur elle-même. Ce que sa naissance a dû au courage de ses fondateurs et à l’appui qu’ils trouvèrent auprès de l’API a tissé des liens forts et réguliers avec la communauté psychanalytique internationale : avec la Fédération Européenne de Psychanalyse, dont Evelyne Sechaud, membre titulaire de l’APF, fut une Présidente active et dont Léopoldo Bleger est actuellement le Secrétaire général ; avec l’Association Psychanalytique Internationale, dont Daniel Widlöcher fut à quelques trente ans d’intervalle le Secrétaire général puis le Président. Pendant ce mandat présidentiel furent reconnus, pour la formation des psychanalystes de l’API et selon leurs traditions culturelles respectives, trois modèles distincts visant à garantir la spécificité et les exigences de la formation psychanalytique.

Ces liens de l’APF à la communauté psychanalytique internationale, qui témoignent de la nécessité éthique et scientifique de la rencontre et de l’échange avec l’étranger,s’incarnent encore dans la participation active et régulière de psychanalystes de l’association aux échanges et congrès internationaux.

Quant aux relations de l’APF avec les autres sociétés psychanalytiques françaises, elles ont pris aujourd’hui une allure apaisée après les affrontements des scissions de 1953 et 1963. Avec la Société Psychanalytique de Paris, et même si chacune des deux sociétés conserve son histoire singulière (celle en particulier des conceptions différentes de la formation des psychanalystes), les échanges sont réguliers et créatifs : en témoigne l’étroite collaboration de l’APF et de la SPP à l’organisation scientifique du Congrès des psychanalystes de Langue Française, quand, une année sur deux, celui-ci se tient en France. Avec la Société Psychanalytique de Recherche et de Formation,  nouvelle société française reconnue récemment par l’API, des relations se sont nouées dès sa constitution. Avec le Quatrième Groupeorganisation psychanalytique de langue française, société non composante de l’API, des liens d’amitié et de travail sont tissés depuis longtemps.

L’histoire de la psychanalyse en France est faite de scissions, toujours marquées par la violence que peuvent déclencher la transmission animée de motions inconscientes et les transferts passionnels aux figures de maîtres. De ce point de vue, le mouvement lacanien, après la mort de Lacan, a développé à l’extrême ce destin d’éclatement. Aussi, quand les psychanalystes français, il y a quelques années, ont tenté de discuter ensemble et avec les instances gouvernementales qui sollicitaient leur avis, d’un « statut des psychothérapeutes » (discussion dans laquelle l’APF, attachée à la formation des seuls psychanalystes, prit résolument une position de réserve), la dispersion de la communauté analytique française (dans et hors de l’API) s’est révélée dans toute son étendue… Fécondité, certes, que cette pluralité, mais fragilité aussi au moment où l’ensemble de la psychanalyse se trouve face aux défis que lui opposent diversement les nouvelles formes de vie psychique et les récentes connaissances scientifiques.

 

Devant ces défis, justement, ce qui importe aujourd’hui comme hier à l’APF est de maintenir ouvert et conflictuel, grâce à l’héritage freudien et aux chemins tracés par ses fondateurs, dans une extra-territorialité qui la tient éloignée des pouvoirs aliénants, par l’éthique enfin de la formation qu’elle propose, un rapport fécond à la chose inconsciente et à ses transformations.

 

Septembre 2012
(mise à jour : mai 2015)