Préparation de la soirée avec Elie Winter: la politique de la peur et le collectif des 39. Jacques Barbier Début du message réexpédié :
Objet :
Anniversaire
Le 2 décembre 2008, dans une enceinte psychiatrique
hospitalière, se saisissant d?un crime pourtant très rare commis par un
patient diagnostiqué comme schizophrène, le président Sarkozy a annoncé un
plan pour la psychiatrie aux conséquences dévastatrices.
Dans ce discours, les fondements même de la psychiatrie ont été attaqués
avec la plus grande brutalité, celle qui amadoue pour mieux exécuter. Il aura suffi d?un fait divers dramatique pour relancer une politique de la
peur dont le projet de centres de rétention de sûreté tout comme les soins
sans consentement en ambulatoire sont le parachèvement. En amalgamant la folie à une pure dangerosité sociale, en assimilant d?une
façon calculée la maladie mentale à la délinquance, est justifié un plan de
mesures sécuritaires inacceptables. Alors que les professionnels alertent régulièrement les pouvoirs publics
non seulement sur les conditions de plus en plus restrictives de leur capacité
de soigner, sur l?inégalité croissante de l?accès aux soins, mais aussi sur la
mainmise gestionnaire et technocratique de leurs espaces de travail et
d?innovation, une seule réponse leur a été opposée : attention danger,
sécurisez, enfermez, obligez, et surtout n?oubliez pas que votre
responsabilité sera engagée en cas « de dérapage ». Un pas vient d?être franchi, l?heure est trop grave pour que la résignation
l?emporte. Que peut signifier cette prétendue méconnaissance, en réalité cette volonté
délibérée d?ignorer les réalités de la psychiatrie ? Il y a les faits, il y a les chiffres : le rapport de la Commission «
Violence et santé mentale » dénombre qu?en 2005 sur 51 411 mis en examen dans
des affaires pénales (crime ou délit) 212 ont bénéficié d?un non-lieu pour
irresponsabilité mentale, c?est à dire 0,4 % des crimes et délits ! Mais en
revanche, la prévalence des crimes violents contre les patients psychiatriques
est 11,8 fois plus importante que par rapport à la population générale. La
proportion des vols à leur encontre est 140 fois plus importante ! Nous, soignants en psychiatrie, n'acceptons pas que la plus haute autorité
de l'État répande de tels propos, qui laisseraient croire que les personnes
atteintes de troubles psychiques font bien plus souffrir la société que
celle-ci ne les aliène. Nous n?acceptons pas non plus que ces citoyens soient
jetés en pâture à la vindicte populaire pour maintenir de manière forcenée,
irresponsable, le ferment de la peur. « La politique de civilisation » annoncée est une politique de « rupture »
du lien car elle tente de bafouer les solidarités sociales qui ont permis de
sortir du grand enfermement de la folie. Il n?y a pas d?exercice possible de
la psychiatrie sans respect constant des valeurs de la République : celles qui
en énonçant le respect de la séparation des pouvoirs permettent à la
démocratie de rassembler solidairement afin de ne pas exclure les plus
démunis. Devant tant de « dangerosité » construite, la psychiatrie se verrait-elle
expropriée de sa fonction soignante, pour redevenir la gardienne de l?ordre
social ? Nous, citoyens, psychiatres, professionnels du soin, du travail social,
refusons de servir de caution à cette dérive idéologique de notre société. Nous refusons de trahir notre responsabilité citoyenne et notre éthique des
soins dans des compromissions indignes et inacceptables. Nous refusons de voir la question des soins psychiques réduite à un pur
contrôle sécuritaire criminalisant outrageusement la maladie mentale. Nous refusons d?être instrumentalisés dans une logique de surveillance et
de séquestration. Pour maintenir la fonction soignante en articulation permanente entre le
singulier et le collectif, nous refusons l'aveuglement d'une supposée culture
de l'efficacité immédiate concernant des problèmes qui n'existent que
peu. Dans le champ de la psychiatrie, des actions s?opposent à la
normalisation des enseignements (sauvons la clinique), des pratiques
prédictives (pas de zéro de conduite), des dérives scientistes assignant à la
psychiatrie le devoir de prévoir l?avenir (non à la perpétuité sur ordonnance,
politique de la peur). Nous soutenons et accompagnerons toute perspective de regroupement de ces
initiatives car elles vont toutes dans le même sens : défendre et soutenir la
dignité des patients qui nous sont confiés ou qui se confient à nous. Faudrait-il que nous entrions en résistance par la désobéissance civile,
pour soutenir la possibilité d?une psychiatrie au service des sujets en
souffrance, respectueuse du sens de leur existence, et non une psychiatrie
servant au maintien de l?ordre sécuritaire stigmate de l?asservissement de la
population par la peur ? « Il faut de la crainte dans un gouvernement despotique: pour la vertu,
elle n'y est point nécessaire, et l'honneur y serait dangereux. »
Montesquieu
15 décembre 2008.
- ean-marc ANTOINE (Psychologue.
association aurore. paris. directeur du pôle aurore habitat.),
- Mathieu BELLAHSEN (Interne en
psychiatrie,secrétaire d'utopsy),
- Dominique BESNARD (Psychologue et
représentant des cemea),
- Antoine BESSE (Psychiatre,
psychanalyste ),
- Guilhem BLEIRAD
(Psychologue),
- Olivier BOITARD (Psychiatre,
président du casp),
- Hervé BOKOBZA (Psychiatre, saint
martin de vignogoul),
- Loriane BRUNESSAUX (Interne en
psychiatrie, présidente d'utopsy),
- Patrice CHARBIT (Psychiatre
psychanalyste vice-président de l'afpep-snpp),
- Jean-paul CHARDON (Chef de service
pédopsychiatrie, ),
- Franck CHAUMON (Psychiatre,
psychanalyste ),
- Patrick CHEMLA (Psychiatre chef de
service , centre antonin artaud reims , président de la criée, membre
del'usp ),
- Guy DANA (Psychiatre psychanalyste
chef de service),
- Alexandra DE SEGUIN (Interne en
psychiatrie, vice-présidente d'utopsy),
- Pierre DELION (Professeur de
psychiatrie),
- Barbara DIDIER (Psychologue,
psychanalyste),
- Eric DIDIER (Psychanalyste),
- Léa DIDIER (Etudiante en
psychologie clinique),
- Bernard DURAND (Psychiatre,
président de la fédération d'aide à la santé mentale fasm croix marine
),
- Joël DUTERTRE (Médecin (mp4 champ
social)),
- Roger FERRERI ("psychiatre chef de
service infanto juvénile 91000 evry, association ""pratiques de la
folie"""),
- Florent GABARRON-GARCIA (Vice
président d'utopsy, moniteur psychiatrique à la clinique de la borde),
- Yves GIGOU (Infirmier de secteur
psychiatrique - militant associatif),
- Pascale GIRAVALLI (Psychiatre,
marseille),
- Roland GORI (Professeur de
psychopathologie clinique à l'université d'aix-marseille, président du
séminaire inter-universitaire européen d'enseignement et de recherche en
psychopathologie et psychanalyse (siueerpp) et psychanalyste),
- Michaël GUYADER (Chef de service
du 8ème secteur de psychiatrie générale de l?essonne, psychanalyste),
- Liliane IRZENSKI (Psychiatre.
psychanalyste),
- Serge KLOPP (Cadre de santé,
chargé des questions de psychiatrie commission santé du pcf),
- Olivier LABOURET (Psychiatre
public, chef de service),
- Jean-jacques LABOUTIERE
(Psychiatre),
- Paul LACAZE (Neuropsychiatre,
psychanalyste, montpellier),
- Laurent LE VAGUERESE (Psychiatre,
psychanalyste responsable du site oedipe.org),
- Claude LOUZOUN (Psychiatre,
président du cedep),
- Emile LUMBROSO (Centre van gogh
reims, président d'euro-psy, membre de la criée),
- Paul MACHTO (Psychiatre.
psychanalyste. montfermeil 93. pratiques de la folie. usp),
- Jean-pierre MARTIN
(Psychiatre),
- bénédicte MAURIN ,
- Simone MOLINA (Psychanalyste,
psychologue clinicienne présidente du point de capiton (vaucluse)),
- Isabelle MONTET (Psychiatre, chef
de service, sph),
- Jean OURY (Médecin directeur de la
clinique de la borde, cour cheverny),
- Angelo POLI (Psychiatre président
de cme de st cyr (69)),
- Gérard RODRIGUEZ (Cadre de santé,
reims),
- Pierre SADOUL (Psychiatre
désaliéniste du service public, ex mcs en pédopsychiatrie, ex-vp de l?api,
administrateur de l?asepsi),
- Olivier SCHMITT (Président de
l'afpep-snpp (association des psychiatres d'exercice privé, syndicat
national des psychiatres privés)),
- Bruno TOURNAIRE BACCHINI
(Psychiatre, praticien hospitalier),
- Anne TUFFELLI (Psychiatre),
- Valérie VALLET
(Psychologue),
- Elie WINTER
(Psychiatre)
Nicolas Sarkozy et Roselyne Bachelot en visite à l'hôpital
psychiatrique d'Antony, le 2 décembre. (REUTERS)
L?onde
de choc est violente. Depuis le 2 décembre et le discours de Nicolas
Sarkozy à l?hôpital psychiatrique d?Antony (Hauts-de-Seine), où il a
présenté«un
plan de sécurisation des hôpitaux», le monde de la santé mentale est
sens dessus dessous. Comme sidéré par ces annonces, formulées après
l?agression mortelle d?un étudiant grenoblois par un patient de l?hôpital de
Saint-Egrève (lire page ci-contre). Le
2 décembre, le chef de l?Etat a parlé de réformes de la loi
d?hospitalisation ; demandé la création de 200 chambres d?isolement ;
exigé le contrôle des permissions de sortie ; proposé la systématisation des
soins sous contrainte. Plus saisissant, il a suggéré l?utilisation de
bracelets électroniques pour les malades, à l?instar des délinquants. Un
discours perçu comme un terrible retour en arrière. En écho, se multiplient
initiatives et prises de positions, parfois contradictoires. Jusqu?à cet
«Appel des 39», ce week-end, demandant aux soignants de «sortir
de la résignation» (lire page 4). Vendredi
soir, dans un local syndical à Paris, ils sont donc 39 à tenter d?apporter une
réponse commune. Fait peu habituel, il y a là les représentants de presque
tous les syndicats de psychiatres, mais aussi des psychologues, des
psychanalystes, des infirmiers. Ils sont réunis à l?initiative d?Hervé
Bokobza, psychiatre à Montpellier, à l?origine des Etats généraux de la
psychiatrie en 2003. Ce fut, alors, un moment fort, mais qui n?a débouché sur
rien. Cinq ans plus tard, la communauté des psys va-t-elle se réveiller
? «En
tant que jeunes internes, on se sent coincés. Les chambres d?isolements ? On y
a été habitués. L?omniprésence des neuroleptiques aussi. Les psychiatres sont
complices. C?est un appel aux plus vieux ! Réveillez-vous, prenez
position», a lancé le président des internes en psychiatrie. «La
majorité de nos collègues ont été choqués par le discours du Président. Mais
comment réagir ? Faut-il aller trop vite, trop loin ?» s?est interrogé Angelo
Poli, qui dirige le Syndicat des psychiatres d?exercice public.«Attendez,
lâche un confrère, dans mon petit hôpital de province, je me bats déjà tous
les jours contre les consignes du préfet, qui veut restreindre toutes les
sorties des malades. Je ne sais pas combien de temps je vais tenir.» Patrick
Chemlat, psychiatre reconnu, qui dirige un secteur à Reims : «Des traitements
obligatoires, en ambulatoire, c?est-à-dire quand les patients sont chez eux,
jamais je ne pensais que je verrais cela.» Une colère, évidente,
massive, s?est déversée durant la soirée. Et, au final, un appel. «Il
y a plein d?îlots de résistance, il faut les unir», a insisté Hervé
Bokobza. Que
va-t-il se passer ? Au sein de la psychiatrie française, la situation reste un
brin confuse. Entre les tenants d?une réponse forte et ceux qui ne veulent pas
se laisser enfermer dans un discours «pour
ou contre la sécurité». Reste
que la psychiatrie publique va mal. Délaissée, ballottée au gré des faits
divers. En vingt ans, elle a perdu plus de 100 000 lits, sans qu?ils soient,
le plus souvent, remplacés par des structures intermédiaires. Pendant ce
temps-là, les malades sont pris en charge, parfois avec chaleur, d?autres fois
avec des pratiques inhumaines. Souvent, ils attendent des semaines avant
d?obtenir une consultation. Et nombre d?entre eux sont renvoyés dans la rue ou
en prison.
«Le
2 décembre 2008, dans une enceinte psychiatrique hospitalière, se
saisissant d'un crime pourtant très rare commis par un patient diagnostiqué
comme schizophrène, le président Sarkozy a annoncé un plan pour la psychiatrie
aux conséquences dévastatrices. Dans ce discours, les fondements même de la
psychiatrie ont été attaqués avec la plus grande brutalité. Il aura suffi d'un
fait divers dramatique pour relancer une politique de la peur, dont le projet
de centres de rétention de sûreté, tout comme les soins sans consentement, en
ambulatoire, sont le parachèvement. En amalgamant la folie à une pure
dangerosité sociale, en assimilant la maladie mentale à la délinquance, est
justifié un plan de mesures sécuritaires inacceptables. «Alors
que les professionnels alertent régulièrement les pouvoirs publics, non
seulement sur les conditions de plus en plus restrictives de leur capacité de
soigner, sur l'inégalité croissante de l'accès aux soins, mais aussi sur la
mainmise gestionnaire et technocratique de leurs espaces de travail et
d'innovation, une seule réponse leur a été opposée : attention danger,
sécurisez, enfermez, obligez et surtout n'oubliez pas que votre responsabilité
sera engagée en cas "de dérapage". «Un
pas vient d'être franchi, l'heure est trop grave pour que la résignation
l'emporte. Nous, travailleurs de la psychiatrie, n'accepterons pas que de la
plus haute autorité de l'Etat se répandent de tels miasmes dans la foule, qui
laisseraient croire que les personnes atteintes de troubles psychiques font
bien plus souffrir la société que celle-ci ne les aliène. Nous n'acceptons pas
non plus que ces citoyens soient jetés en pâture à la vindicte populaire pour
maintenir de manière forcenée, irresponsable, le ferment de la peur. Il
y a les faits, il y a les chiffres : le rapport de la commission Violence et
santé mentale dénombre, qu'en 2005, sur 51 411 mis en examen dans des
affaires pénales (crime ou délit), 212 ont bénéficié d'un non-lieu pour
irresponsabilité mentale, c'est-à-dire 0,4 % des crimes et délits ! Mais en
revanche, la prévalence des crimes violents contre les patients psychiatriques
est 11,8 fois plus importante que par rapport à la population générale. La
proportion des vols à leur encontre est 140 fois plus importante ! «Nous,
psychiatres, professionnels du soin, du travail social, simples citoyens,
refusons de servir de caution à cette dérive idéologique de notre société.
Nous refusons de trahir notre responsabilité citoyenne et notre éthique des
soins dans des compromissions indignes et inacceptables. Nous refusons de voir
la question des soins psychiques réduite à un pur contrôle sécuritaire. «Faudrait-il
que nous entrions en résistance, par la désobéissance civile, pour soutenir la
possibilité d'une psychiatrie au service des sujets en souffrance,
respectueuse du sens de leur existence, et non une psychiatrie servant au
maintien de l'ordre sécuritaire, stigmate de l'asservissement de la population
par la peur ?»Le texte complet et tous les signataires sur : http://collectifpsy.fr.nf Hervé Bokobza
, Roger Ferreri , Pierre Sadoul , Mathieu Bellhasem , Angelo
Poli...
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